Le monde est en feu. Pourquoi le Canada envisage-t-il de nouveaux forages pétroliers massifs? | Conor Curtis et Tzeporah Berman

Cle pétrole et les autres combustibles fossiles « étouffent l’humanité ». Tels étaient les mots d’António Guterres, le secrétaire général des Nations Unies, en réponse au récent rapport du Groupe d’experts international sur l’évolution du climat (GIEC) qui donne à réfléchir, qui a averti qu’il restait au monde une petite fenêtre pour agir avant que des impacts irréversibles et catastrophiques ne soient verrouillés. dans.

Partout dans le monde, les gens en paient déjà le prix de leur vie et de leurs moyens de subsistance. En 2021, les 10 plus grands événements météorologiques extrêmes ont coûté 170 milliards de dollars de dommages.

L’année dernière, l’Agence internationale de l’énergie et le GIEC ont tous deux confirmé que pour rester en dessous de 1,5 C de réchauffement, l’expansion des projets de pétrole, de gaz et de charbon doit s’arrêter et une réduction planifiée de la production et des émissions doit commencer. Pourtant, selon le rapport Production Gap du Programme des Nations Unies pour l’environnement, le monde est sur la bonne voie pour produire le double de la quantité de combustibles fossiles pouvant être brûlés sur la planète.

Le Canada et la Norvège sont deux des plus grands producteurs de combustibles fossiles au monde. Alors que les deux pays ont fait preuve de leadership en termes de tarification de la pollution par le carbone et de suppression des centrales au charbon, ils partagent un angle mort majeur en matière de pétrole. Malgré la conclusion de l’AIE selon laquelle aucune autre réserve de pétrole ne peut être développée si nous voulons atteindre les objectifs d’émissions mondiales, les deux pays ont des plans d’expansion.

Exemple : une société norvégienne, Equinor, propose maintenant un projet de forage pétrolier géant appelé Bay du Nord au large de la province canadienne de Terre-Neuve-et-Labrador. On estime que le projet produira jusqu’à 73 millions de barils par an, ce qui équivaut à ajouter plus de 7 millions de voitures à essence sur la route. Cela remet en question l’engagement du cabinet fédéral canadien envers l’action climatique et met en péril les écosystèmes locaux, les pêches et les autres industries qui en dépendent. Bay du Nord consisterait à construire les puits de production les plus profonds forés au Canada; selon les estimations d’Equinor, une éruption de tête de puits à cet endroit prendrait 18 à 36 jours pour se terminer.

Le nouveau cabinet canadien était censé prendre une décision sur l’acceptation ou non de ce projet d’ici le 6 mars, mais il a maintenant retardé cette décision de 40 jours supplémentaires – temps, nous l’espérons, qu’il utilisera pour planifier une transition énergétique juste au lieu de un autre projet pétrolier. C’est le premier test de leur leadership climatique et menace leurs prétentions à être des champions de l’environnement.

L’industrie des combustibles fossiles fera de nombreuses tentatives pour présenter ce projet comme une question d’intérêt économique pour Terre-Neuve-et-Labrador. Ce n’est pas le cas. Un récent sondage montre que la majorité des habitants de la province veulent une économie verte. À St John’s, une ville qui ne compte qu’environ 100 000 habitants, des milliers de personnes ont rejoint les manifestations appelant à l’action climatique et les protestations se sont étendues bien au-delà de la capitale de la province.

Terre-Neuve-et-Labrador est également directement sur la voie de nombreux impacts climatiques graves et l’industrie des combustibles fossiles ne peut pas assurer un avenir économique à long terme pour la province. Une transition juste pour Terre-Neuve-et-Labrador est une victoire pour le monde et pour la province, mais elle aura besoin du soutien des gouvernements fédéral et provinciaux pour se produire.

Des actions sont en cours dans d’autres juridictions et le Canada risque d’être laissé pour compte. Onze pays et gouvernements infranationaux ont lancé l’Alliance Au-delà du pétrole et du gaz, s’engageant à aucune nouvelle expansion du pétrole et du gaz. D’autres dirigeants agissent également. 2 800 scientifiques, 101 lauréats du prix Nobel et 170 parlementaires de 33 pays, dont plusieurs du Canada, ont approuvé les principes d’un traité de non-prolifération des combustibles fossiles pour mettre fin à l’expansion, réduire la production existante et accélérer le passage à l’énergie propre et à faibles émissions de carbone. les technologies.

Il est temps que le Canada cesse d’aggraver le problème et consacre ses ressources politiques et financières à la construction d’énergies renouvelables et à l’électrification à grande échelle afin de réduire notre dépendance aux combustibles fossiles. Le Canada s’est déjà engagé à cesser de financer le pétrole et le gaz à l’échelle internationale, ce qui rend hypocrite le fait de soutenir ensuite davantage de développement pétrolier et gazier au pays.

Après l’invasion russe de l’Ukraine, il y a eu une tentative honteuse des partisans des combustibles fossiles au Canada, apparemment reprise par le premier ministre de Terre-Neuve, pour justifier Bay du Nord comme une réponse pour mettre fin à la dépendance aux combustibles fossiles russes, même si le projet prendrait années pour être opérationnel et n’aurait aucun impact sur la situation immédiate. Ces arguments des lobbyistes du pétrole et du premier ministre sonnent particulièrement creux alors que les pays européens cherchent maintenant à accélérer la transition totale des combustibles fossiles, ce qui rendrait les projets à long terme comme Bay du Nord encore moins viables économiquement qu’ils ne devaient commencer.

Le propre délégué de l’Ukraine auprès du GIEC a publiquement critiqué la dépendance continue du monde à l’égard des combustibles fossiles comme une cause de l’agression russe continue qui ne fera qu’aggraver le changement climatique. Dans un monde confronté à des impacts climatiques de plus en plus graves qui menacent la vie et les moyens de subsistance de millions de personnes, et qui contribueront à alimenter de futurs conflits, l’industrie des combustibles fossiles non seulement ne peut pas aider à assurer la sécurité mondiale, mais lui porte au contraire un préjudice continu.

Soyons clairs, il n’y a pas de “pétrole propre”, peu importe à quel point le processus d’extraction est écologique ou hostile. C’est toujours du pétrole, et cela aggravera encore le changement climatique et la situation mondiale.

Le gouvernement du Canada a une occasion unique d’avoir un impact réel sur les changements climatiques et d’honorer les appels au changement de Terre-Neuve-et-Labrador en rejetant le projet de Bay du Nord et en s’engageant dans une transition énergétique propre. Cela comprend l’élaboration d’un plan pour aider les travailleurs du pétrole et du gaz à se tourner vers des opportunités d’énergie propre et d’autres secteurs.

Perdre du temps, des efforts et des fonds publics pour enraciner davantage la dépendance économique du Canada à l’égard des combustibles fossiles est à l’opposé des engagements climatiques du Canada.

  • Conor Curtis est coordonnateur des communications numériques pour la Fondation Sierra Club Canada et chercheur sur les impacts et les politiques des changements climatiques qui affectent sa province natale de Terre-Neuve-et-Labrador.

  • Tzeporah Berman est directrice du programme international de Stand.earth et présidente de la Fossil Fuel Non-Proliferation Treaty Initiative

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